L’Élégie, le chant des lamentations Sunday, May 9 2010 

L’élégie, c’est un genre de poésie lyrique: une poésie de deuil, deuil amoureux, moral, physique, bref, point une ritournelle.

C’est ce qu’on en sait sans aller regarder dans un dictionnaire; pour le reste, il faut creuser un peu.

Le mot élégie vient du grec τὰ ἐλεγεῖα (pluriel du substantif neutre τὸ ἐλεγεῖον) dont les deux sens sont d’après le Liddell & Scott:
1) poème écrit en vers élégiaques (un vers élégiaque étant composé d’un hexamètre et d’un pentamètre)
2) lamentation, élégie telle qu’on l’entend aujourd’hui.

Pourquoi ce deuxième sens de lamentation? En fait, ἐλεγεῖον est un dérivé de ὁ ἔλεγος (qui a donné le latin elogium -> éloge), chanson triste accompagnée à la flûte. En compulsant les dictionnaires étymologiques, on trouve deux étymologies à ce mot:
1) ἒ ἒ λέγειν, “dire hélas! hélas!” -> assez comique mais pas pour autant à rejeter
2) un simple emprunt au phrygien (langue indo-européenne parlée en Asie Mineure).

Or la racine pour “se lamenter” (du latin lamentum) en indo-européen est *leh2-, parfois utilisée sous sa forme dédoublée *lala-, dont on a un très joli exemple en latin avec lallare, “chanter pour endormir”, ou en grec avec λαλιά, “bavardage”.

De cette même racine proviennent souvent des mots ayant rapport au chant ou au chagrin. On peut alors penser:
1/ que ces mots viennent effectivement de la même racine
2/ que ces mots viennent de deux racines différentes aujourd’hui difficilement discernables.

Or on a ce mot d’élégie, qui regroupe les deux idées à la fois, à savoir le chagrin chanté; on peut alors opter pour la première hypothèse et penser que pour les indo-européens, le chagrin c’était quelque chose à chanter. Ou bien tout simplement, le tout aurait une origine onomatopéique: quand on chante la la, ou qu’on crie las ou hélas, il n’y a pas grande différence.

DICHTER, le poète allemand Wednesday, Sep 3 2008 

Les germanophiles connaissent bien ce mot: DICHTER, le poète. Les musiciens se souviendront du Der Dichter spricht de Schumann, dernier morceau des Kinderszenen.

Quelle est l’étymologie du mot? Et qu’est-ce enfin qu’un DICHTER?

Rappelons d’abord celle de notre POÈTE: emprunt direct au grec ποιητής (poète), du verbe ποιῶ, -έω (faire) lui-même un dénominatif de *ποιFός (qui construit, qui fait) qu’on retrouve dans une infinité de composés tels que ἀρτοποιός (faiseur de pain = boulanger), άνρθωποποιός (faiseur d’homme = sculpteur portraitiste), ζωοποιός (créateur de vie), etc.

Ce *ποιFός provenant de la racine proto-indo-européenne *kʷei-h2 (empiler, entasser > rassembler en vue de construire).

Pour DICHTER, deux étymologies parallèles peuvent être évoquées:
1. *dheigh- (modeler la glaise, d’où former, construire); ce mot donna le substantif *dhighlos (formeur, modeleur, constructeur).
2. *deik- (montrer) > δείκνυμι, dīcere, ahd. (Althochdeutsch) zeigōn > zeigen, et pour le mot qui nous intéresse on pourrait ainsi tracer ce parcours: *deik- > latin tardif dictāre > ahd. tihton ‘erfinden, schaffen, dichten” > dichten et dichter.

On a donc deux possibilités, ou plutôt deux aspects qui évoluent en parallèle, et qui caractérisent un DICHTER: 1/ IL MODÈLE le monde 2/ IL MONTRE au monde la voie.

Quand on pense que certains disent que les Dichter ne servent à rien…

Réponse à l’enfant qui voulait encore manger Friday, Mar 21 2008 

Il n’y a pas d’utilité à ce que tu fais, enfant.
Tu me montres ton ventre bien nourri;
Pour moi je trouve qu’il est assez rempli.
Passe ton chemin, pense à faire ton temps.

Tu gagnes du volume;
C’est la juste loi des choses,
Celui qui en cherche les causes,
Se fait battre l’enclume.

Les nuits sont courtes, les jours trop longs;
Il y a tant à faire, tant à apprendre;
Mais tu n’écoutes pas la raison,
Aujourd’hui tu as des comptes à rendre.

Tu gagnes encore du volume;
Fais s’il te plaît un effort,
Je connais de biens meilleurs sorts,
Que se faire battre l’enclume.

Ce que tu fais n’a pas d’utilité, enfant.
Tu me montres ton ventre si douillet;
Ce n’est pas l’heure de manger ton poulet,
Cette aimable bête se gagne chèrement.

Tu gagnes encore et toujours du volume;
C’est à toi qu’en revient l’entière faute,
Mais, que tu esquives ou que tu sautes,
Tu te feras toujours battre l’enclume.

Un monde sans joie nous avale,
Rien n’est acquis, tout devrait l’être;
Même le seigneur n’est plus qu’un vassal
Du gros berger qui nous envoie paître.

Tu gagnes du volume;
C’est la juste loi des choses,
Celui qui en cherche les causes,
Se fait battre l’enclume.

hagax8 dédie ce poème à sa mère

Rabindranath Tagore, le premier Prix Nobel d’Asie Friday, Dec 22 2006 

Rabindranath Tagore, surnommé “Gurudev”, brahmane Bengali né en 1861 et mort en 1941 à Calcutta, fut poète, écrivain, compositeur, peintre. Prix Nobel de littérature en 1913, il composa environ 2230 chansons; il est célèbre pour ses pièces de théâtre, ses poésies, ses nombreuses histoires courtes. Il est le seul compositeur à être l’auteur de deux hymnes nationaux: celui de l’Inde (Jana Gana Mana, “tu es le souverain de toutes les âmes”) et celui du Bengladesh.
Il commença à écrire ses premiers poèmes à l’âge de huit ans; bien qu’il ait fait ses études en Angleterre, il fut peu à peu dégoûté du “Raj Britannique” et finit par se rallier au Mouvement d’indépendance de l’Inde et à fréquenter Mahatma Gandhi. A la fin de sa vie, il exprima un intérêt profond pour les sciences, la biologie, la physique, l’astronomie. Ses conversations avec Einstein, qui le tenait en grande estime tout comme Gandhi, sont demeurées célèbres. Pour son 100e anniversaire, le fameux cinéaste Indien Satyajit Ray tourna un documentaire sur cet imposant personnage… à voir impérativement!

Écoutez Jana Gana Mana, l’hymne national de l’Inde, composé en l’honneur de Dieu:

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