Cresphonte Monday, Jul 6 2009 

Cresphonte est un personnage de la mythologie grecque, fils de l’Héraclide Cresphonte et de Mérope. Cresphonte le père, roi de Messénie, est l’un des Héraclides ayant envahi le Péloponnèse.

Cresphonte le père est tué, avec deux de ses fils, par un autre Héraclide, Polyphonte, qui s’empare du trône et force Mérope à l’épouser. Mais Cresphonte, sauvé par sa mère, est élevé par le père de celle-ci, roi d’Arcadie: Cypselus.

Mais des années plus tard, Cresphonte revient en Messénie pour se venger. Il cache sa vraie identité, et prétend avoir tué Cresphonte, c’est-à-dire lui-même; il peut ainsi recevoir l’hospitalité de Polyphonte. Mais sa mère Mérope, pensant qu’il est l’assassin de son fils, s’apprête à l’assassiner pendant son sommeil, mais le reconnaît juste à temps. Finalement Cresphonte tue Polyphonte et récupère le trône de Messénie. Cresphonte est renommé tardivement Aepytus, d’après le père de Cypselus.

On trouve cette légende chez Hygin, fable 137, “Mérope”:

Polyphontes Messeniae rex Cresphontem Aristomachi filium cum interficisset ejus imperium et Meropen uxorem possedit. Cum qua Polyphontes, occiso Cresphonte, regnum occupavit. Filium autem eius infantem Merope mater, quem ex Cresphonte habebat, absconse ad hospitem in Aetoliam mandavit. Hunc Polyphonies maxima cum industria quaerebat, aurumque pollicebatur, si quis eum necasset. Qui postquam adpuberem aetatem venit, capit consilium, ut exsequatur patria et fratrum mortem. Itaque venit ad regem Polyphontem aurum petitum, dicens se Cresphontis interfecisse filium et Meropes Telephontum. Interim rex eum iussit in hospitio manere, ut amplius de eo perquireret. Qui cum per lassitudinem obdormisset, senex, qui inter matrem et Jilium inter nuntius erat, flens ad Meropen venit, negans eum apud hospitem esse пес comparere. Merope credens eum esse filii sui interfectorem, qui dormiebat in Chalcidicum cum securi venit, inscia ut filium suum interficeret ; quem senex cognovit et matrem ab scelere retraxit. Merope postquam vidit, occasionem sibi datam esse ab inimico se ulciscendi, redit cum Polyphonte in gratiam. Rex laetus quum rem divinam faceret, hospes falso simulavit se hostiam percussisse, eumque inter fecit patriumque regnum adeptus est.

Cresphonte est également le nom d’une tragédie d’Euripide, dont il ne nous reste que des fragments, mais qui est restée célèbre, comme en témoigne Aristote dans sa Poétique, faisant allusion à la scène où Mérope, s’apprêtant à tuer Cresphonte, qu’elle prenait pour le tueur de Cresphonte, reconnaît son fils avant de commettre l’irréparable. Ce genre de scène étant très prisé par les dramaturges et leur public.

Voici un passage célèbre de cette pièce d’Euripide, sûrement prononcé par Polyphonte:

Ἐκεῖνο γὰρ πέπονθ᾽, ὅπερ ἅπαντες βροτοί, φιλῶν μάλιστ᾽ ἐμαυτὸν οὐκ αἰσχύνομαι.

“Il est de moi comme de la plupart des mortels: de ceux que j’aime, je suis celui à qui je nuirai le moins.”

Et enfin, pour finir notre post sur Cresphonte, cet extrait de l’Anthologie Palatine, où Mérope aide son fils à tuer Polyphonte:

Κρεσφόντου γενέτην πέφνες το πάρος, Πολυφόντα,
κουριδίης ἀλόχου λέκτρα θέλων μιάναι·
ὀψὲ δέ σοι πάϊς ἧκε φόνῳ γενέτῃ προσαμύνων,
καί σε κατακτείνει ματρὸς ὑπὲρ Μερόπας.
τοὔνεκα καὶ δόρυ πῆξε μεταφρένῳ, ἁ δ᾽ἐπαρήγει,
βριθὺ κατὰ κροτάφων βάκτρον ἐρειδομένα.

“Tu as jadis assassiné, Polyphonte, le père de Cresphonte, désirant te mettre dans le lit de sa femme. Mais bien après son fils est arrivé pour venger la mort de son père, et il te tue pour sa mère Mérope. Pour cela il t’a planté sa lance dans le dos, et elle aide, te frappant le front avec un lourd bâton.”

Hadès, maître du monde caché Thursday, May 31 2007 

Quand Zeus, après avoir évincé son père Kronos, divisa le monde en 3 parties, son frère Hadès (plus âgé que lui mais plus jeune que leur autre frère Poséidon) reçut le monde souterrain en partage, les Enfers, et devint le Roi des Morts. Son nom s’assimila après Homère aux Enfers eux-même et à la mort (ὁ ᾅδης): ἐν Ἅιδου (οἴκῳ) veut dire “dans (la demeure) d’Hadès” => dans les Enfers.

La forme grecque attique du mot, Ἅιδης, ου “Haides” présente un esprit rude que l’on transcrit par “H”, contrairement aux autres formes dialectales: ionien ᾽Ᾱΐδης, ου “Aides”, dorien ᾽Ᾱΐδας, -α “Aidas”, formes de la poésie épique avec brève initiale ᾽Ᾰΐδης ou ᾽Ᾰΐδας. Il est vraisemblable que l’initale était originellement brève; mais selon qu’on admet l’esprit rude (l’aspiration) comme ancien ou non, on propose deux étymologie différentes.

1) L’esprit rude attique n’est pas ancien. On pose alors la forme *ṇ-wid > *ἀ-ϝιδ “qui ne peut être vu” ou “qui n’est pas donné à voir”, le ‘α-’ privatif étant issu de l’indo-européen *ṇ et *ϝιδ de la racine *wid/*woid/*weid qu’on retrouve dans le grec οἶδα, le sanskrit veda, le latin video qui a donné le français voir. Ceci est la solution admise généralement, et elle offre une concordance supplémentaire avec la fable: Hadès possédait un casque qui le rendait invisible.

2) L’esprit rude attique est ancien. On pose alors la forme *sṃ-wid > *ἁ-ϝιδ “trouver ensemble, réunir”, de la même racine *wid mais fait avec le préfixe copulatif (α ἁθροιστικόν) issu de l’indo-européen *sṃ-/*sem qu’on retrouve dans le latin simplex, semel, le grec ὁμός, ἄμα, ἀδελφός, ἄλοχος, ἅπαξ, et qui veut dire “ensemble”. Le *s indo-européen au début d’un mot devient un esprit rude en grec. Hadès serait donc celui qui réunit les âmes ou fait se retrouver l’âme des morts; n’oublions pas que la main de la mort réunit même ceux qui croyaient s’être perdus à jamais…

Hadès serait donc ou bien “l’Invisible” (Aides), ou bien “Celui qui réunit” (Haides).

Poseidon, maître de la terre Wednesday, May 30 2007 

Sur quoi est sensé régner le dieu grec Poséidon? “Sur la mer, bien sûr!” Vous exclamerez-vous peut-être, bien fiers du bon état de votre culture générale. Eh bien, cela n’est pas faux, mais n’a pas le mérite d’être exact.

Poseidon règne en fait sur la surface terrestre, tout comme Zeus règne sur le ciel et Hadès sur les Enfers. Cette surface comprend aussi bien la mer que la terre ferme, et Poséidon était souvent surnommé ἐννοσίγαιος, ἐννοσίχθων ou κινητὴρ γᾶς “qui fait trembler la terre” (ou encore γαιάοχος, mot dont le sens est controversé: “possesseur de la terre” ou “qui ébranle la terre”), étant tenu responsable des tremblements de terre.

Le grec Ποσειδῶν, ῶνος, “Poséidon”, de forme dorienne Ποτειδά(ϝ)ων ou Ποτ(ε)ιδᾶς, vient du vocatif πότει du nom πότις, “maître, seigneur” (indo-européen *poti-s qu’on retrouve dans le latin potestas ou possum) et de δᾶ, autre forme du mot γῆ “la terre”, qui n’a pas d’étymologie connue mais qu’on retrouve dans Demeter (certains pensent plutôt que δα viendrait de *dem “la maison, la demeure”).

On a donc au départ l’exclamation suivante: Πότει δᾶς “ô Seigneur de la terre!” qui donne ensuite Ποτειδά(ϝ)-ων à côté de Ποτειδᾶς et d’autres nombreuses variantes dialectales: Ποσειδέων (ionien), Ποσείδαν, Ποσειδάν et Ποτοίδαν (éolien), Ποτειδάων et Ποτῑδάων (béotien), Ποσοιδάν (arcadien), Ποοιδάν (laconien).

Les différentes parties du monde Wednesday, May 30 2007 

La mythologie grecque offre plusieurs conceptions du monde à mesure qu’elle avance dans le temps et dans la complexité.

1) À la naissance de l’Univers, elle représente deux entités élémentaires, qui forment le couple fécond primitif: Ouranos et Gaia, le Ciel et la Terre.

2) De leur union naît le Titan Kronos, un souverain tout-puissant et unique. Sa position est instable, son règne passager: son père Ouranos, à qui il a coupé les parties génitales, lui a lancé une malédiction: il serait lui aussi mis à bas par l’un de ses enfants. Dans la crainte qu’elle ne s’accomplisse, Kronos mange ses enfants un à un, mais leur mère Rhéa parvient à sauver son sixième rejeton, Zeus.

3) Après avoir effectivement évincé son père Kronos, Zeus forme une organisation tripartite du monde, dont la durée et la stabilité sont garanties: lui, Zeus (”le ciel”), règne sur le ciel, son frère Poséidon (”le maître de la terre”) sur la surface terrestre, et son autre frère Hadès (”l’invisible” ou “là où l’on se retrouve soi-même”) sur le monde souterrain, les Enfers. Zeus reste cependant le roi des dieux et conserve une prédominance: mais il est à l’écoute des autres dieux (cf. les Assemblées des dieux chez Homère) et respecte les destins.

De ces trois aspects de gouvernement du monde, l’organisation tripartite remporte la palme et est sensée se conserver: peut-être parce qu’elle mélange les deux autres aspects, l’état de nature et la domination d’un seul être, avec la figure-père de Zeus qui veille seul sur le monde entier mais partage ses pouvoirs.

La trinité indo-européenne Friday, Oct 27 2006 

Les anciennes religions indo-européennes, polythéistes, pouvaient compter des dizaines, voire des centaines de dieux. A un degré supérieur d’organisation, trois dieux étaient mis en avant par rapport aux autres, et symbolisaient trois aspects possibles de l’action divine et humaine sur le monde: la création, la conservation, le renouveau. Trimurti.jpg

La Trimurti hindoue en est l’exemple le plus clair et le plus connu: Brahmâ est le principe créateur, Vishnu le défenseur, et Shiva celui qui détruit pour reconstruire. Chez les Romains, on trouve la fameuse “triade capitoline”, adorée dans le temple de Jupiter Capitolin: Jupiter, Minerve, Junon; chez les Germains, ce sont Odin, Thor et Freyr.

Le système de TRINITE, en fait beaucoup plus évolué et significatif que le monothéisme primaire, permet d’envisager la “roue du monde”, le cycle de la vie, l’éternel retour. Le monde créé doit être conservé, mais la chute est inévitable: cependant il renaîtra, comme le phénix de ses cendres.

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