Pourquoi dit-on la République française et non pas la France? Thursday, Jun 25 2009 

Tout bon petit Républicain de France vous dira: la République française, c’est beau.

Et quand il dira le mot “beau”, il pensera au nobles oppresseurs enfin punis, à la liberté volant dans les airs à la rescousse du Peuple devenu tout-puissant (saisissez le sublime du paradoxe), aux mairies arborant des slogans glorieux, avec l’image d’un Rousseau non point mort mais affichant un grand sourire, la plume à la main.

Mais tout cela, il ne vous le dira pas, il le verra seulement défiler devant ses yeux, et de sa bouche largement fendue il vous dira d’un air d’adoration: la République française, c’est beau.

Purs produits de l’Éducation Nationale, nous avons tous ce genre d’image en tête, ce qui est normal, étant donné que la France est toujours, et ce depuis 1792, une république.

Mais pour ceux qui ne sont plus à l’école, et qui ont eu le temps de développer leur propre idée sur la question, si le concept de France leur paraît assez clair, celui de République française l’est devenu beaucoup moins.

Nous aborderons dans un prochain post l’étymologie détaillée de République. Pour l’instant, nous pouvons déjà tenter de répondre à la question posée ci-dessus.

En effet, les mots magiques que sont “République française”, ou tout simplement “la République”, permettent aux hommes politiques de légitimer sans trop d’effort un gouvernement, le rendant quasi inattaquable.

Je m’explique. Éduqués comme nous le sommes dans le respect des Libertés, de l’Entr’aide, de la Noble Cause Française, et avant tout de la “chose publique”, c.-à-d. de la République, la simple évocation de cette dernière rappelle tout d’un coup les choses qui jadis furent ancrées dans nos cerveaux, et, grâce à ce fil hypnotique, nous voici soudain devenir des veaux, sans conscience de notre France, et avec une conscience vague, quoique bien illustrée, de leur “République” à eux.

Et c’est ainsi que, déformant Rousseau (qui n’était déjà pas très sympathique), son “tout gouvernement légitime est républicain” devient “tout gouvernement républicain est légitime”! Les deux principes étant également arbitraires.

Milinda, Ménandre I, synthèse de deux cultures Sunday, Apr 29 2007 

Ménandre Ier, connu sous le nom de Milinda en sanskrit et en pali, était un roi indo-grec qui régna d’environ 155 à 130 av. J.-C. Le Royaume Indo-grec était né d’une invasion de l’Inde du Nord par le roi gréco-bactrien Démétrios Ier vers 180 av. J.-C. Situé dans la région de l’Afghanistan et du Pakistan actuels, il vit se succéder près de 30 rois hellénistiques, souvent en conflit les uns avec les autres, et qui disparurent avec l’apparition de l’Empire koushan au Ier siècle.

Ménandre Ier, selon la tradition, aurait été le plus puissant des rois indo-grecs. Il se serait converti au bouddhisme et est regardé comme l’initiateur de l’art gréco-bouddhique, une synthèse du style grec classique et du bouddhisme. C’est un moine du nom de Nagasena qui aurait réussi à le convertir, à l’issue d’un entretien qui nous est conservé dans le Milindapañha, (“Les Questions de Milinda”), l’un des livres canoniques du bouddhisme.

Cet entremêlement de cultures est un résidu hélas éphémère du grand projet d’Alexandre le Grand, qui avait une vision d’un Empire universel, de partage des savoirs, d’une sorte de mondialisation précoce. Bien que son projet général ait avorté, il a tout de même réussi à propager dans une grande partie du monde connu d’alors la pensée grecque, et à établir son influence pour plusieurs siècles: d’où certains mélanges intéressants…

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Inscription bilingue = “de Ménandre le Sauveur”

A gauche, en grec: ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΣΩΤΗΡΟΣ ΜΕΝΑΝΔΡΟΥ
A droite, en pali: MAHARAJA TRATASA MENADRASA

Les Philistins: un peuple de la mer… Monday, Apr 9 2007 

D’où viennent les Philistins, les ennemis jurés des Juifs dans la Bible, ceux-là même qui ont légué leur nom aux Palestiniens, qui n’ont plus rien de commun avec l’ancien peuple, sinon leur éternelle querelle avec les Israéliens?

On ne sait pas grand-chose des Philistins, qui n’avaient pas l’usage de l’écriture. Mais on pense qu’il s’agit d’un de ces “Peuples de la Mer” qui envahirent l’Égypte au XIIIe siècle av. J.-C. Les Égyptiens évoquent une région nommée P-l-s-t (Peleset) qu’ils auraient habitée: la Bible appelle Peleshet le pays des Philistins.

Il s’agissait d’un peuple nomade, sûrement indo-européen, qui serait parti des îles de la mer Égée pour s’établir sur la côte sud-est de la Méditerranée. Il se mêla rapidement aux populations autochtones et aux environs de 1000 av. J.-C. déjà, il n’avait plus des Philistins que le nom.

Avec l’arrivée des Hébreux s’engagea une lutte pour la terre que ces derniers remportèrent. Qu’on se souvienne de l’épisode symbolique de David et Goliath: le champion des Hébreux, le frêle David, terrasse grâce à sa malignité le champion des Philistins, cette grande brute de Goliath.

Sic eat quaecumque Romana lugebit hostem Monday, Mar 26 2007 

“Qu’ainsi périsse toute Romaine qui pleurera l’ennemi!”
Tite-Live, Ab Urbe Condita 1, 26.

Cette phrase fut, selon la tradition romaine, prononcée au VIIe siècle avant J.-C. par un frère qui venait de tuer sa sœur.

Rome est en guerre contre Albe-la-Longue: les Horaces sont trois frères romains, les Curiaces trois frères albains. Les Horaces et les Curiaces engagent entre eux un affrontement: l’issue du combat doit décider de l’issue de la guerre.

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Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces (1784)

Deux des Horaces meurent, le troisième réussit à tuer les trois Curiaces blessés. Il fait dans Rome une entrée triomphale; mais sa sœur, qui était fiancée à l’un des Curiaces, éclate en sanglots et se lamente sur la mort de son bien-aimé. Le jeune vainqueur, furieux contre cette sœur qui “oublie sa patrie et ses frères morts”, la transperce de son épée et prononce la fameuse phrase “Sic eat quaecumque Romana lugebit hostem“.

Quoique de l’aveu de tous ce crime fût atroce, Horace n’aura pas à subir les conséquences de son crime, grâce à l’intervention de son père qui déclarera que, si son fils ne l’avait fait, il aurait lui-même mis fin aux jours de sa fille.

Le combat des Horaces et des Curiaces constitue l’un des plus célèbres épisodes de l’histoire romaine: c’est un aperçu frappant de la nature belliqueuse et profondément austère de ce peuple. Le jeune Horace était souvent pris en exemple par les anciens Romains (dans une certaine mesure évidemment!): la gloire et la prédominance de la patrie sont toujours à mettre au-dessus de la satisfaction personnelle, et même au-dessus des liens du sang. Des gens plus simples peut-être, qui ne sont pas des héros de la patrie, se réserveront le droit d’aimer leurs semblables avant tout autre chose…

Palestine Sunday, Mar 25 2007 

Les lecteurs de la Bible auront déjà entendu parler des Philistins, les ennemis jurés des Hébreux aux environs de 1000 av. J.-C. C’est ce même peuple qui a donné son nom à la Palestine, qui a d’abord désigné la terre qu’ils habitaient, puis fut repris par les Romains dans des circonstances bien particulières…

Après la seconde révolte juive de la province de Judée au IIe siècle ap. J.-C. (la révolte de Bar Kokhba ou dernière guerre judéo-romaine) et son anéantissement par les Romains, l’empereur Hadrien voulut éradiquer le judaïsme ainsi que le souvenir même de la Judée. Il baptisa donc la province Syria Palaestina à la place de Syria Judaea, en souvenir de ces ennemis jurés des Juifs qu’étaient les Philistins. C’est pour cette raison qu’on appelle aujourd’hui Palestine cette région du Proche-Orient située entre la mer Méditerranée et le Jourdain, la Terre Sainte des Chrétiens.

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