Hadès, maître du monde caché Thursday, May 31 2007 

Quand Zeus, après avoir évincé son père Kronos, divisa le monde en 3 parties, son frère Hadès (plus âgé que lui mais plus jeune que leur autre frère Poséidon) reçut le monde souterrain en partage, les Enfers, et devint le Roi des Morts. Son nom s’assimila après Homère aux Enfers eux-même et à la mort (ὁ ᾅδης): ἐν Ἅιδου (οἴκῳ) veut dire “dans (la demeure) d’Hadès” => dans les Enfers.

La forme grecque attique du mot, Ἅιδης, ου “Haides” présente un esprit rude que l’on transcrit par “H”, contrairement aux autres formes dialectales: ionien ᾽Ᾱΐδης, ου “Aides”, dorien ᾽Ᾱΐδας, -α “Aidas”, formes de la poésie épique avec brève initiale ᾽Ᾰΐδης ou ᾽Ᾰΐδας. Il est vraisemblable que l’initale était originellement brève; mais selon qu’on admet l’esprit rude (l’aspiration) comme ancien ou non, on propose deux étymologie différentes.

1) L’esprit rude attique n’est pas ancien. On pose alors la forme *ṇ-wid > *ἀ-ϝιδ “qui ne peut être vu” ou “qui n’est pas donné à voir”, le ‘α-’ privatif étant issu de l’indo-européen *ṇ et *ϝιδ de la racine *wid/*woid/*weid qu’on retrouve dans le grec οἶδα, le sanskrit veda, le latin video qui a donné le français voir. Ceci est la solution admise généralement, et elle offre une concordance supplémentaire avec la fable: Hadès possédait un casque qui le rendait invisible.

2) L’esprit rude attique est ancien. On pose alors la forme *sṃ-wid > *ἁ-ϝιδ “trouver ensemble, réunir”, de la même racine *wid mais fait avec le préfixe copulatif (α ἁθροιστικόν) issu de l’indo-européen *sṃ-/*sem qu’on retrouve dans le latin simplex, semel, le grec ὁμός, ἄμα, ἀδελφός, ἄλοχος, ἅπαξ, et qui veut dire “ensemble”. Le *s indo-européen au début d’un mot devient un esprit rude en grec. Hadès serait donc celui qui réunit les âmes ou fait se retrouver l’âme des morts; n’oublions pas que la main de la mort réunit même ceux qui croyaient s’être perdus à jamais…

Hadès serait donc ou bien “l’Invisible” (Aides), ou bien “Celui qui réunit” (Haides).

Poseidon, maître de la terre Wednesday, May 30 2007 

Sur quoi est sensé régner le dieu grec Poséidon? “Sur la mer, bien sûr!” Vous exclamerez-vous peut-être, bien fiers du bon état de votre culture générale. Eh bien, cela n’est pas faux, mais n’a pas le mérite d’être exact.

Poseidon règne en fait sur la surface terrestre, tout comme Zeus règne sur le ciel et Hadès sur les Enfers. Cette surface comprend aussi bien la mer que la terre ferme, et Poséidon était souvent surnommé ἐννοσίγαιος, ἐννοσίχθων ou κινητὴρ γᾶς “qui fait trembler la terre” (ou encore γαιάοχος, mot dont le sens est controversé: “possesseur de la terre” ou “qui ébranle la terre”), étant tenu responsable des tremblements de terre.

Le grec Ποσειδῶν, ῶνος, “Poséidon”, de forme dorienne Ποτειδά(ϝ)ων ou Ποτ(ε)ιδᾶς, vient du vocatif πότει du nom πότις, “maître, seigneur” (indo-européen *poti-s qu’on retrouve dans le latin potestas ou possum) et de δᾶ, autre forme du mot γῆ “la terre”, qui n’a pas d’étymologie connue mais qu’on retrouve dans Demeter (certains pensent plutôt que δα viendrait de *dem “la maison, la demeure”).

On a donc au départ l’exclamation suivante: Πότει δᾶς “ô Seigneur de la terre!” qui donne ensuite Ποτειδά(ϝ)-ων à côté de Ποτειδᾶς et d’autres nombreuses variantes dialectales: Ποσειδέων (ionien), Ποσείδαν, Ποσειδάν et Ποτοίδαν (éolien), Ποτειδάων et Ποτῑδάων (béotien), Ποσοιδάν (arcadien), Ποοιδάν (laconien).

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