L’Amour naquit quand l’homme put parler Wednesday, Jul 8 2009 

Ah l’Amour!!! Voilà quelque chose dont on entend souvent parler.

Même si l’on ne sait pas exactement ce que c’est, on le sent, et c’est une des raisons de son emprise sur nous: son caractère indéfinissable.

Et en même temps, il ne s’agit pas d’un sentiment comme les autres, il ne s’agit pas d’une simple affection. Non, l’Amour est plus noble, et il est en quelque sorte le privilège du seul être pensant (doué de raison) et parlant (avec une syntaxe et une grammaire) connu à ce jour: l’Homme. En tout cas, c’est ainsi que la plupart des gens le voient, et le valorisent.

L’Amour est donc, dans l’esprit collectif, non seulement un sentiment, mais un sentiment processé par la raison humaine, i.e. tout simplement par un cerveau humain.

Mais quand le mot Amour naît-il? Le mot a son histoire, et une réponse touchante: le mot Amour naît quand la parole naît.

Amour vient du latin amor, de la racine indo-européenne *amma, amī, “mère”.

Mais ce n’est pas seulement dans les langues indo-européennes qu’on retrouve dans la bouche des enfants amma, mama, papa, baba, etc., pour qualifier leurs parents et grand-parents. C’est universel. Et pourquoi? Ce sont les sons les plus simples, les premiers que l’on prononce: il désignent alors tout naturellement les premiers êtres que nous connaissions!

Pourquoi sont-ce les sons les plus simples? Eh bien, essayez d’ouvrir la bouche simplement et de sortir un son sans bouger la langue ni essayer de donner quelque forme à vos lèvres… Vous sortirez le son: MA, ou BA, ou PA, et vous aurez tout compris.

L’Amour alors, sentiment si complexe qu’on n’arrive pas à le définir, alors qu’on est déjà grand et qu’on a tous les outils de la langue et de la raison, a emprunté son nom au plus simple des mots qui soit, au petit nom de notre mère!

Et en effet, notre premier Amour, n’est-il pas pour la première personne que l’on a vue, qui nous a choyé et nourri de son sein, pour notre mère, notre amma au tendre visage?

Cresphonte Monday, Jul 6 2009 

Cresphonte est un personnage de la mythologie grecque, fils de l’Héraclide Cresphonte et de Mérope. Cresphonte le père, roi de Messénie, est l’un des Héraclides ayant envahi le Péloponnèse.

Cresphonte le père est tué, avec deux de ses fils, par un autre Héraclide, Polyphonte, qui s’empare du trône et force Mérope à l’épouser. Mais Cresphonte, sauvé par sa mère, est élevé par le père de celle-ci, roi d’Arcadie: Cypselus.

Mais des années plus tard, Cresphonte revient en Messénie pour se venger. Il cache sa vraie identité, et prétend avoir tué Cresphonte, c’est-à-dire lui-même; il peut ainsi recevoir l’hospitalité de Polyphonte. Mais sa mère Mérope, pensant qu’il est l’assassin de son fils, s’apprête à l’assassiner pendant son sommeil, mais le reconnaît juste à temps. Finalement Cresphonte tue Polyphonte et récupère le trône de Messénie. Cresphonte est renommé tardivement Aepytus, d’après le père de Cypselus.

On trouve cette légende chez Hygin, fable 137, “Mérope”:

Polyphontes Messeniae rex Cresphontem Aristomachi filium cum interficisset ejus imperium et Meropen uxorem possedit. Cum qua Polyphontes, occiso Cresphonte, regnum occupavit. Filium autem eius infantem Merope mater, quem ex Cresphonte habebat, absconse ad hospitem in Aetoliam mandavit. Hunc Polyphonies maxima cum industria quaerebat, aurumque pollicebatur, si quis eum necasset. Qui postquam adpuberem aetatem venit, capit consilium, ut exsequatur patria et fratrum mortem. Itaque venit ad regem Polyphontem aurum petitum, dicens se Cresphontis interfecisse filium et Meropes Telephontum. Interim rex eum iussit in hospitio manere, ut amplius de eo perquireret. Qui cum per lassitudinem obdormisset, senex, qui inter matrem et Jilium inter nuntius erat, flens ad Meropen venit, negans eum apud hospitem esse пес comparere. Merope credens eum esse filii sui interfectorem, qui dormiebat in Chalcidicum cum securi venit, inscia ut filium suum interficeret ; quem senex cognovit et matrem ab scelere retraxit. Merope postquam vidit, occasionem sibi datam esse ab inimico se ulciscendi, redit cum Polyphonte in gratiam. Rex laetus quum rem divinam faceret, hospes falso simulavit se hostiam percussisse, eumque inter fecit patriumque regnum adeptus est.

Cresphonte est également le nom d’une tragédie d’Euripide, dont il ne nous reste que des fragments, mais qui est restée célèbre, comme en témoigne Aristote dans sa Poétique, faisant allusion à la scène où Mérope, s’apprêtant à tuer Cresphonte, qu’elle prenait pour le tueur de Cresphonte, reconnaît son fils avant de commettre l’irréparable. Ce genre de scène étant très prisé par les dramaturges et leur public.

Voici un passage célèbre de cette pièce d’Euripide, sûrement prononcé par Polyphonte:

Ἐκεῖνο γὰρ πέπονθ᾽, ὅπερ ἅπαντες βροτοί, φιλῶν μάλιστ᾽ ἐμαυτὸν οὐκ αἰσχύνομαι.

“Il est de moi comme de la plupart des mortels: de ceux que j’aime, je suis celui à qui je nuirai le moins.”

Et enfin, pour finir notre post sur Cresphonte, cet extrait de l’Anthologie Palatine, où Mérope aide son fils à tuer Polyphonte:

Κρεσφόντου γενέτην πέφνες το πάρος, Πολυφόντα,
κουριδίης ἀλόχου λέκτρα θέλων μιάναι·
ὀψὲ δέ σοι πάϊς ἧκε φόνῳ γενέτῃ προσαμύνων,
καί σε κατακτείνει ματρὸς ὑπὲρ Μερόπας.
τοὔνεκα καὶ δόρυ πῆξε μεταφρένῳ, ἁ δ᾽ἐπαρήγει,
βριθὺ κατὰ κροτάφων βάκτρον ἐρειδομένα.

“Tu as jadis assassiné, Polyphonte, le père de Cresphonte, désirant te mettre dans le lit de sa femme. Mais bien après son fils est arrivé pour venger la mort de son père, et il te tue pour sa mère Mérope. Pour cela il t’a planté sa lance dans le dos, et elle aide, te frappant le front avec un lourd bâton.”

Syntaxe des noms et adjectifs en latin Monday, Jul 6 2009 

Nous allons aujourd’hui juste citer les phrases-exemples à retenir pour se rappeler un peu la syntaxe des noms et adjectifs latins. Histoire de faire ses gammes…

Augustus imperator (Auguste empereur)
Urbs roma (la ville de Rome)
Liber Petri (le livre de Pierre)
Tempus legendi (le temps de lire)
Tempus legendi historiam == Tempus legendae historiae (le temps de lire l’histoire)

Deus sanctus (Dieu saint)
Pater et mater boni (bons père et mère)
Virtus et vitium contraria (vertu et vice, choses contraires)
Turpe est mentiri (il est honteux de mentir)
Vere sapientes (les hommes vraiment sages)

Avidus laudum (avide de louange)
Cupidus videndi (curieux de voir)
Similis patris == Similis patri (semblable à son père)
Mihi utile est (cela m’est utile)
Corpus assuetum tolerando labori (corps accoutumé à tolérer le travail)
Aptus ad militiam, natus ad arma (apte à la guerre, né pour les armes)
Propensus ad lenitatem (porté à la douceur)
Pronus ad irascendum (prompt à la colère)
Populabundus agros (ravageant les campagnes)
Praeditus virtute (doué de vertu)
Dignus laude (digne de louange)
Contentus sua sorte (content de son sort)
Mirabile visu (admirable à voir)
Facilis dictu (facile à dire)

Doctior Petro (plus savant que Pierre)
Felicior quam prudentior (plus heureux que prudent)
Felicius quam prudentius (plus heureusement que prudemment)
Magis pius quam tu (plus pieux que toi)
Majori virtute praeditus (plus vertueux)
Minori virtute praeditus (moins vertueux)
Doctior est quam putas (il est plus savant que tu ne le penses)

Altissima arborum = Altissima ex arboribus = Altissima inter arbores (le plus grand des arbres)
Validior manuum (la plus forte des deux mains)
Maxime omnium conspicuus (le plus remarquable de tous)
Unus militum = Unus ex militibus = Unus inter milites (un des soldats)
Quis nostrum (qui de nous)
Optimus quisque illi favet (les plus honnêtes gens le favorisent)

Source: grammaire de Lhomond et Le Tellier.

De la période & de ses parties (Mercier) Sunday, Jul 5 2009 

Le Sorbonnard a acquis il y a bien longtemps de cela le précieux Manuel des Grammairiens de N. Mercier, et comme c’est un ouvrage du XVIIIe siècle, il est bien conscient qu’il est difficile pour vous autres internautes de se le procurer… c’est pourquoi nous publierons régulièrement certaines de ses règles latines, que nous traduirons en bon français!

Nous commencerons donc par la période et ses parties. Les – indiquent des syllabes longues et les U des brèves.

1. Periodus dictionum plurium series est et circuitus sensum efficiens integrum et perfectum.
La période est une suite de plusieurs mots, et, mise bout à bout, donnant un sens complet et parfait.

2. Periodi partes sunt membrum et incisum.
Les parties de la période sont le membre et l’incisum (il peut y avoir plusieurs membres, et l’incisum ou κὀμμα est court et se met entre deux virgules).

3. In periodorum principio certi quidam pedes adhibendi sunt.
Au commencement des périodes, certains pieds peuvent être utilisés (ce sont: le Crétique – U –, le Pæon premier – UUU, le Pæon quatrième UUU –, le Bache U – –, l’Antibache – – U, l’Anapeste UU –, le Dichorée – U – U, le Molosse – – –).

4. Alii quoque pedes adhibendi in fine periodorum.
D’autres pieds sont à utiliser à la fin des périodes (ce sont: un Crétique et un Dichorée – U – – U – U, un Dichorée et un Molosse – U – U – – –, un Crétique et un Dactyle – U – – UU, deux Spondées – – – –, le Dochime U – – U –, un Dactyle et un Bache – UU U – –, un Tribraque et un Spondée: UUU – –).

5. Verbum polysyllabum finiti modi eleganter collocatur in principio vel fine periodi.
Un verbe de plusieurs syllabes d’un mode fini (i.e. indiquant personne, nombre et temps) se met élégamment en début ou en fin de période.

6. Participia in dus, da, dum, non inelegantem locum habent in periodi principio vel fine.
Le gérondif se met bien au commencement ou à la fin de la période.

7. Adjectiva et substantiva polysyllaba amant principium vel finem periodi.
Les adjectifs et substantifs polysyllabiques se mettent bien au commencement ou à la fin de la période.

8. Comparativus item et superlativus recte in principio vel fine periodi collocantur.
De même, le comparatif et le superlatif se mettent bien à une des deux extrémités de la période.

9. Periodus recte, ut plurimum, ab illis incipitur verbis, quae posteriora sunt in Gallico.
La période latine commence bien par les verbes qui se mettent en dernier en français.

10. Conjunctiones quaedam, seu formula quaedam ex conjunctionibus, ut plurimum, constantes, in periodorum initio multum habent venustatis.
Pour commencer une période, on se sert couramment de certaines conjonctions ou formules (ce sont: At illud quidem; Ac mea quidem sententia; Neque vero; Neque enim; Jam vero; Sed etiam; Etsi; Quamobrem; Etenim; Itaque; Utenim quisquis; Quin etiam; Verum ego; Verum enim vero; Num igitur).

Étymologie de “République” Saturday, Jul 4 2009 

Nous allons effectuer une petite recherche étymologique, afin de mieux comprendre le concept latin de res publica, traduit le plus souvent par “chose publique”, res étant un substantif féminin voulant dire “chose” et publica étant le féminin de l’adjectif publicus, “publique”.

1/ Éymologie de publicus

Dérivé de populus, qui lui-même vient du latin archaïque popolus, créé par redoublement de syllabe initiale d’un hypothétique *polus, équivalent au grec πολύς, “nombreux”. L’adjectif indo-européen dont serait issu πολύς, i.e. pelú- (comparatif *plḗi̯os, superlatif *plǝistó-), a pour racine *pel-, pelǝ-, plē-, “remplir”, qui a notamment donné le grec πίπλημι (remplir), πλῆθος (le nombre), et le latin plēbs (la plèbe, i.e. la masse populaire).

On peut donc en déduire que ce qui est publique, ou relatif au peuple, est relatif à ce qui remplit, qui est en nombre.

2/ Étymologie de res

Le latin res, traduit souvent par “chose”, peut sembler assez vague. En réalité, il veut plutôt dire “chose que l’on possède”. Le mot vient de la racine indo-européenne *rēi-, “chose, possession”, qui a donné le sanskrit rai-, “possession, richesse”.

Même si nous n’avons pu encore explorer la complexité historique du concept de république, nous avons du moins pu éclairer son sens quelque peu.

De “chose publique”, nous préférerons désormais la traduction plus précise de “possession de ceux qui sont en plus grand nombre, qui remplissent le pays”, ou bien, en plus court et énigmatique, “possession du nombre”.

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